L'annonce du grand départ

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La préparation de son expatriation peut être une grande source de stress. Il y a toutes ces formalités à accomplir, l’inquiétude de ce que nous réserve cette nouvelle vie et aussi de devoir révéler au monde entier que ça y est, on s’en va.

S’il est plus que probable que tes amis soient au courant de ton projet depuis la première seconde (on a dû bassiner les nôtres pendant une année entière avec le Canada !), ce n’est peut-être pas la même chose pour tes collègues de travail. Surtout si tu es à un niveau hiérarchique qui ne t’autorise pas à affoler les troupes (ton équipe) des mois à l'avance (voire une année entière) et les plonger dans une atmosphère de travail emplie de doutes, d'incertitudes et de crainte du chaos.

Évidemment c'est dans ce dernier cas que je me situais. Ce ne fut vraiment pas évident de garder la face, voire de jouer la comédie. Avec Monsieur V.I.E. nous avions décidé de nous expatrier exactement 15 mois avant que je ne l'annonce à mes collègues. 15 mois !  C’est-à-dire que dans les faits, alors que je venais de prendre mes fonctions 6 mois plus tôt, je savais déjà que je n’allais pas rester…

Outre ma position hiérarchique, une autre chose m’empêcher d’en parler et je pense que celle-là est commune à tout le monde. Le fameux « et si ? ». Et si jamais j’en parlais à tout le monde et que finalement l’affaire capotait ? Et si jamais je devais (du coup) annoncer à tout le monde, que non, je reste en France, j’aurai l’air bête non ? Et si je donnais l’impression de me donner des grands airs avec « mon départ à l’étranger » et que ça ne se réalisait pas, on ne me prendrait plus jamais au sérieux.

@@Qu’on se le dise, il n’y a rien de pire que le « et si » pour se pourrir l’existence.@@

Cela dit, le doute mérite tout de même d’être émis dans la mesure où « si » ce revirement de situation devait arriver, il est fort probable que nos proches soient compréhensifs et même qu’ils compatissent à notre déception sur la tournure des événements, mais qu’en est-il pour les collègues de travail ? Peut-on vraiment se permettre cette incertitude ? Voilà ce que je me suis dit : entre le moment où les décisions sont prises et le moment où cela devient effectif, il y a une tonne d'étapes intermédiaires. L'une d'elles, étant loin d’être un point de détail : l'officialisation de la procédure, c'est-à-dire la délivrance du permis de travail. C'est LE sésame qui t'autorise à entrer sur le territoire canadien. Sans lui, rien n’est possible. Pas évident d’en parler tant que cette étape n’est pas franchie.

liberté

En ce qui me concerne, le timing était tellement serré de ce côté-là qu’il m’était impossible d’attendre de l’avoir pour en parler. Et heureusement que je ne l’ai pas fait d’ailleurs, car nous avons eu nos permis seulement 3 jours avant le départ ! Il faut dire que notre contexte était aussi un peu particulier. Si tu ne le sais pas encore, mon homme est venu en V.I.E (et moi en tant que conjointe de fait) avec une entreprise pour laquelle il travaillait déjà en France. Notre position a donc été d’attendre l'attestation officielle de mutation de son entreprise pour s'autoriser à ce que je prenne une disponibilité de mon employeur et que je puisse en parler librement.

15 mois donc, où il a fallu que je mène à bien des projets, accompagne mon équipe, les rassure, que je les mette en confiance par ma présence, mon assurance sur l'avenir de nos projets et la réalisation de ceux-ci. Tout ça, tout en sachant qu'à un moment donné je me projetai avec eux sur des sujets pour lesquels je ne serai plus là.

Parfois je me sentais mal à l'aise intérieurement, j'avais l'impression d'être une menteuse et de manipuler les gens. Et dans d'autres, je me disais que je ne pouvais pas faire autrement, qu'il valait mieux ça que de tout déballer et de me trouver devant une situation que je ne saurai gérer, car bien trop prématurée.

Enfin l'heure de la libération est venue. J'ai pu faire l'annonce officielle de mon départ. Un grand moment, j'irai même jusqu'à dire un moment salvateur.

 

J’ai pu identifier deux types de réactions à cette annonce :

1. Il y a les enthousiastes et ceux qui sont véritablement heureux pour vous. Ils vous bombardent de questions du type "Et tu vas habiter où ?", "T'as déjà trouvé du travail là-bas ? ", "Tu penses y rester définitivement ? " et généralement ça se conclut par "C'est vraiment bien pour toi. C'est une sacrée expérience. T'es jeune, t'as raison, faut en profiter, c'est maintenant ou jamais". Et dans ces moments-là je me demande toujours, d'ailleurs comment ils sauraient ce qui est bon pour moi.

C'est véritablement la réaction la plus sympathique. C'est celle à laquelle on s'attend le plus et c'est surtout celle qu'on espère au fond.

2. Et, il y a l'autre. L'indifférence. Pas de questions, pas de commentaires, on prend juste note. « Tu pars ? Ah ok ». Celle-là m’a prise un peu de court, je dois te l’avouer. Mais je te rassure, à 80 % c'est la première version qui a lieu.

 

@@« Je vous annonce que je pars … ». Un étrange phénomène se produit une fois ces mots magiques prononcés@@

Le phénomène du désinvestissement professionnel TOTAL. Bon, ok, j’exagère un peu. Oui, bien sûr on continue quand même à travailler, et pour ma part j'ai assuré mes missions comme si rien n'avait changé. Mais pas dans ma tête, dans ma tête, je n’étais plus là, j’avais déjà franchi l’océan.

Je rêvais de ces nouveaux horizons qui m'attendaient, de toutes ces nouvelles perspectives qui s'ouvraient à moi (Et si je reprenais mes études ?  Et si je faisais un métier totalement différent ?). Pendant les heures de déjeuner, je surfais sur internet à la découverte de blogs d'expatriés, de récits de vie canadienne, d'appartements à louer et de toutes anecdotes qui allaient bientôt rythmer ma vie.

 

Et pour toi, comment s'est passé LA grande annonce de ton départ ?