Ma vie double d'expatriée

vie expatriée

Pour celles et ceux qui ne me suivent pas sur Facebook ou Instagram, tu as peut-être constaté une absence de publication durant ces deux dernières semaines. Le temps des vacances était venu et c'est pour 10 incroyables jours aux États-Unis que nous nous sommes envolés Monsieur VIE et moi. Je suis maintenant de retour et c'est l'heure du débrief !

Quand nous sommes arrivés à San Francisco et que nous avons poussé la porte de l'hôte qui allait nous accueillir les prochains jours, cela m'a percuté comme une voiture en pleine vitesse contre un mur. Bien sûr, la beauté, la grandeur et la classe des lieux ont largement participé à cet effet de surprise. Je n'en croyais pas mes yeux tellement c'était parfait. Nous étions aux États-Unis, prêt à visiter ce coin du monde qui nous a tant fait rêver #geekattitude et en plus dans un logement digne de celui que j'espère avoir le jour où je serai riche et célèbre (pour vous dire la probabilité de l'affaire!). Un moment trop beau pour être vrai. Pourtant, il l'est, c'est ma vie. C'est à cet instant que ça m'a saisi, que j'ai compris.

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Je pourrai te faire un récit détaillé de mes vacances et vous retracer jour après jour notre parcours, mais il me semble que cela n'a pas tant d'intérêt. Les lieux à visiter, les bonnes adresses, tu trouveras tout ça dans n'importe quel bon guide touristique. Je préfère te parler de choses plus profondes, de ce que cela fait de vivre ce type d'expérience à l'étranger quand on vit déjà dans un pays autre que le sien, de la vie d'expatrié(e).

J'ai passé 10 journées exceptionnelles. J'ai visité San Francisco, Palo Alto, je me suis baladée sur le campus de Stanford, de Google et j'ai même pu entrer dans les locaux de Facebook (et Instagram!). Nous avons pris la route 1 direction Los Angeles et admirer la vue sur l'océan tout le long du trajet. Nous nous sommes arrêtés pour 4 jours dans la ville des anges, nous l'avons parcouru, bronzé sur Venice Beach et nous nous sommes baladés sur le renommé Hollywood boulevard.

Los-Angeles
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Et enfin, nous sommes partis au vert le temps d'un week-end de l'autre côté du Canada, à Vancouver. Une ville magnifique que j'ai trouvé 1 000 fois plus agréable et belle que Los Angeles à titre personnel.

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Ce voyage, pour beaucoup de personnes, c'est le voyage d'une vie. C'est des années d'économies pour enfin y arriver et réaliser ce voyage tant désiré. Mais pas pour moi. Ne sois pas offusqué, je suis hyper heureuse de l'avoir fait et je suis pleinement consciente de la chance que j'ai. Cela dit, il y a 6 mois j'étais à Cuba, 9 en France, et 12 à New York. Les voyages s'enchainent à mon plus grand plaisir. Le monde est vaste et je m'enchante à chaque fois de le découvrir. Ma vie est devenue le rêve de beaucoup alors que pourtant, au départ, je n'en rêvais pas du tout.

Mais on y prend goût. Ma vie qui sort de l'ordinaire, ma vie extra-ordinaire, je ne la changerai pour rien au monde. C'est bien là le problème. Suis-je en train de me déconnecter de la réalité ? Je travaille pour financier tout ça, alors j'aurai tendance à dire que non, ce n'est pas le cas. Mais qu'en sera-t-il le jour où je devrai retourner en France et reprendre "ma vie" justement laissée entre parenthèses le temps de quelques années bien remplies ? Le retour à cette réalité ne sera-t-il pas trop brutal et décevant ?

Au début de mon aventure au Canada, j'étais sûre et certaine qu'il s'agissait d'une expatriation temporaire. Elle était clairement définie dans le temps par les dates inscrites sur mon permis de travail. 2 ans. Pas plus, pas moins. Il était d'ailleurs absolument hors de question d'envisager de la prolonger. C'est avec une assurance à 1000% que j'ai annoncé à mes proches mon départ au Canada et mon retour dans les délais impartis (pour les rassurer un peu quand même - et me rassurer ?). De toute façon, les 6 premiers mois passés à Montréal n'ont fait que conforter ma position initiale. Ok, la vie y est agréable, mais trop de choses me manquaient (les miens, la nourriture, mes habitudes, etc.). Lorsque je suis rentrée en France pour les fêtes de Noël, au bout de 6 mois, je me suis fait une orgie de fromages, de quiche lorraine, de tartiflette et de raclette comme si j'en avais été privé pendant 10 ans. Aujourd'hui, ça ne me manque même plus tellement. L'être humain s'adapte et mes habitudes alimentaires ont changé, aussi surprenant que cela puisse me paraitre.

Ma situation professionnelle était mon garde-fou, la raison qui allait assurer mon retour au pays. Contre toute attente, avoir eu l'humilité d'accepter un poste pour lequel j'étais surqualifiée m'a permis d'accéder à un poste maintenant à la hauteur de mes compétences et ainsi renouer avec le prestige social que j'avais abandonné pour Monsieur V.I.E. Ce blog, mené en parallèle de mon travail, est de plus en plus chronophage en proportion égale avec la satisfaction qu'il m'apporte. Il me pousse à sortir, à faire de belles rencontres, à mener mes propres projets et à me dépasser. Je suis triste à l'idée d'imaginer qu'il puisse s'arrêter si je devais rentrer.

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Alors aujourd'hui, j'ai l'impression de mener une double vie. Il y a Annelise, la Frenchie à Montréal, qui découvre le monde et par-dessus tout se découvre au travers de cette expérience ; et il y a Annelise, la Française bien installée dans sa vie à qui il ne manque plus qu'à acheter un bien mobilier et à faire un enfant pour avoir définitivement une vie posée et bien rangée comme la société l'attend elle. Il y a celle qui sort, qui bouge, qui vie, qui s'épanouit et celle qui n'avoue à ses proches qu'à demi-mot toutes les belles découvertes qu'elle a faites de peur de ne pas susciter trop de jalousie, d'envie et de crainte de ne pas paraitre trop vaniteuse. Du coup, parfois, j'ai peur que le faussé se creuse. Comment parler et faire comprendre les choses inouïes que je vis ici ? Alors au téléphone, je minore un peu et je temporise mon enthousiasme pour rassurer les miens sur le fait que je n'ai pas changé, que je suis toujours là. Et quelque part, c'est vrai.

Mais l'expatriation te transforme et s'il est possible durant un certain temps de jouer aux agents doubles, la vie se charge de te ramener au carrefour décisif. Celui où il va falloir faire un choix, celui où tu vas devoir décider de la vie que tu veux mener. Celui d'assumer une bonne fois pour toutes, le choix de vivre à l'étranger avec tout ce que cela implique (vivre loin des tiens, être absent à des moments clés de leurs vies, être un immigré et t'intégrer du mieux possible dans cette nouvelle société) ou accepter que ces années aient été une jolie parenthèse et que, comme toutes les bonnes choses, elle ait une fin.

Je viens d'atterrir à San Francisco, je pousse la porte et cela me percute, comme une énorme claque au visage, un seau d'eau glacée renversé, comme une voiture à pleine vitesse : je suis au carrefour.

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