Marie de Rue de l'Industrie

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Bonjour Marie,

Je suis, depuis un certain temps déjà ton blog avec grande attention. Tu nous parles de tes créateurs montréalais préférés, de tes astuces DIY, tu partages tes lookbook … mais finalement, on n’en sait pas tellement sur toi ! Puisque tu m’y autorises, j’ai un tas de questions à te poser pour apprendre à mieux te connaitre, car si je ne m’abuse, tu es toi aussi « Une Frenchie à Montréal » !   Alors tout d’abord, raconte-nous un peu ton parcours : d’où viens-tu, que faisais-tu avant d’arriver au Canada et comment as-tu atterri ici, Outre-Atlantique ?

M: Alors je viens de la région Pays de la Loire, dans l’ouest de la France, juste avant la Bretagne. Ma famille est installée entre Angers et Nantes. C’est dans cette dernière ville que j’ai habité pendant 3 ans, le temps de mes études au centre de formation de la Chambre de Commerce. Vous comprendrez donc que je ne suis pas pâtissière, mais formée en Négociation et Relation commerciale ainsi qu’en recrutement. J’ai poussé mon ex-copain à poursuivre ses études à l’étranger, lui qui était passionné par la langue anglaise et très attiré par les voyages. Il a choisi l’université à Gatineau pour sa proximité avec Ottawa, et ainsi, la population bilingue. Comme il trouvait la longue-distance difficile à vivre et n’ayant toujours pas trouvé «ma place» en France, j’ai décidé de le rejoindre. Le 1er février 2010, je débarquais avec ma vie dans une valise et avec un charmant -40° pour m’accueillir.

Qu’est-ce qui t’as le plus marqué à ton arrivée ? M: Alors c’est peut-être bête, mais la première fois où j’ai su qu’il pouvait faire -40° ou même moins, dans ma tête c’était impensable. Je m’entends encore dire «mais à -40° on meurt!!!». Donc ce qui m’a le plus marqué c’est à quel point on s'acclimate vite. Le bon équipement, les bonnes habitudes etc. Et les gens sont de très bons conseils. Tu penses…ils connaissent ça depuis longtemps eux, les poils de nez qui gèlent!

Comment s’est passé ton intégration à Montréal ? As-tu eu des difficultés à trouver du travail, te faire des ami(e)s ?

M: Ma première année à Montréal, je me suis inscrite à l’université, j’ai trouvé un emploi étudiant très vite. Puis une fois de retour sur le marché du travail, j’ai trouvé un emploi en moins d’un mois. Pareil lorsque je vivais à Gatineau, je crois avoir envoyé deux ou trois CV pas plus. Mais je ne pense pas que c’est aussi simple pour la majorité des gens. Avoir une première expérience de 3 ans à Gatineau a probablement aidé ma recherche à Montréal. Pour les amis, comme je rejoignais quelqu’un, j’ai pu «bénéficier» de l’entourage qu’il s’était créé, principalement via l’université. Ça a beaucoup aidé. Une fois arrivée à Montréal, toute seule cette fois (bah oui, l’amour ça s’en va et ça revient!) j’avais quelques amis sur place et j’ai progressivement élargi ce cercle. Aujourd’hui c’est un joli melting pot d’amis québecois ou français, d’anciennes collègues, d’amis arrivés de France entre-temps, de rencontres etc.

Qu’aurais-tu aimé savoir avant de partir, que tu ignorais ?

M: que je partirais bien plus longtemps qu’1 an… pour ne pas mentir à maman! Et que la première année je prendrais 5 kilos! Plus sérieusement, que l’immigration c’est vraiment génial, que ce n’est pas si difficile finalement (sauf pour les papiers, ça, c’est vraiment fatigant).

Qu’aurais-tu à dire à une personne vivant en France, qui aurait envie de venir, mais qui hésiterait encore ?

M: Je lui dirais de bien identifier les raisons pour/contre et d’en discuter avec des gens qui ont fait le saut. Aujourd’hui, grâce aux réseaux sociaux, aux forums, c’est facile de pouvoir entrer en contact avec d’autres et partager nos expérience, peurs, etc.  Donc mon conseil, si tu as des doutes, déjà, ne part pas dans l’idée d’y rester (moi je répétais à ma maman que ce n’était que pour 1 an… ça fait 6 à présent…). Ensuite, assure toi d’avoir un esprit ouvert. Si tu pars déjà avec des préjugés sur la culture, la population etc, efface tout ça très vite!

Si demain tu devais coacher des nouveaux arrivants, qu’est-ce que tu leur conseillerais ?

M: ahahah regarde je te fais un programme en 10 leçons :

  1. ne pense pas que ton accent de français est cool, ici il est plutôt exacerbant ;
  2. oui les québécois sont adorables, mais attention, ils ne t’ont pas attendu pour vivre, ils n’ont pas toujours besoin d’un nouvel ami ;
  3. ne commence pas à sacrer avant que quelqu’un t’en donne l’autorisation ;
  4. sacrer n’est pas COOL, c’est aussi vulgaire que nos jurons ;
  5. non, le manteau Canada Goose n’est pas complémentaire à un visa de travail, tu es autorisé à acheter une autre marque pour survivre à l’hiver ;
  6. ici, les gens sont honnêtes et très respectueux. Suis leur exemple et soit toi aussi un citoyen honnête et respectueux ;
  7. adopte une coupe de cheveux simple, il se passera peut-être un moment avant que tu trouves un bon coiffeur pas trop cher. (sauf si tu me demandes ;-))
  8. assure toi d’être en parfaite santé, sinon, prévoit une petite cagnotte de départ à cet effet ;
  9. si tu veux continuer à prendre «l’apéro à la française» entre amis, il faudra t’entourer de français, en grande partie; (attention les cacahuètes coûtent chères!)
  10. oui, c’est normal de s’entourer de français, c’est naturel, rassurant, parfois marrant et surtout encourageant.

C’est quoi tes endroits préférés ? (ouuuiii partage avec nous tes bonnes adresses !) :

M: Comme j’habite dans le quartier d’Hochelaga, c’est plutôt dans ce coin que se trouvent mes adresses habituelles. J’aime déjeuner chez Les affamés, prendre un café et un goûter au Hoche Café, magasiner chez Raymond IV, une friperie chic avec des produis choisi avec beaucoup de goût, chiner dans les différentes brocantes du coin (Rétro Pop, La boutique des orphelins etc), prendre un verre chez Monsieur Smith...

Qu’est-ce qui te manque le plus de la France ? Si tu devais rentrer demain, qu’est-ce qui te manquerait le plus de Montréal ?

M: De la France: la mode prêt-à-porter française, incluant chaussures et maroquineries de bonne qualité à bon prix; les vins à pas cher, le système de santé et le calme de ma campagne. Et ma voiture! De Montréal: toutes les adresses friperies et brocantes, les bagels et les bières de micro-brasseries, l’accessibilité avec les créateurs locaux et la proximité avec les États-Unis.

Si je me rappelle bien, tu as vécu au Canada, dans d’autres villes que Montréal. Alors verdict ? C’est laquelle la meilleure ?

M: Ahahah! Jocker! Gatineau sera toujours «ma terre d’accueil» québécoise. C’est là que j’ai vraiment pu m’immerger dans la culture et les habitudes de vie. Je suis contente de pouvoir y retourner régulièrement. Montréal, c’est le début d’une nouvelle ère pour moi. Là où j’ai enfin volé de mes propres ailes et où je me suis beaucoup épanouie. C’est aussi là où j’ai trouvé le premier appartement dans lequel je me sens vraiment chez moi.

Et pour finir, LA question que l’on pose à tous les expat’ (et que les expat’ détestent tellement c’est dur d’y répondre) : le Canada, c’est pour toujours ou tu penses rentrer un jour ?

M: Disons qu’avec mes déboires d’immigration (7 visas en 6 ans!), j’espère que ça sera au moins pour un bon bout encore! Je ne suis pas du genre à vivre dans une valise (j’ai trop de choses pour ça), alors je suis portée à croire que je suis installée pour un moment. Mais j’ai encore ma famille proche en France et on ne sait jamais ce qui peut arriver alors… Soit une maison au milieu de l’atlantique ou bien… un nouveau jocker!


Tu aimes l'idée d'avoir des portraits de Frenchies à Montréal ? Dis-le moi en commentaire que je prévois vite d'en faire de nouveaux !