Les drapeaux magiques à Montréal

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quote"J’ai 25 ans, je suis une jeune artiste française. Je suis arrivée à Montréal il y a deux mois avec mon copain. J’habitais depuis six ans à Paris pour mes études, dans le 10ème arrondissement, place de la République. Paris c’est chez nous.

Après les attentats, nous avons passé trois jours enfermées devant nos écrans d’ordinateur à regarder les nouvelles, à attendre des sms de nos amis. Nous lisions tous les articles pendant des heures, surtout les témoignages du Bataclan. Je n’en dormais pas la nuit, je ne cessais de m’imaginer chaque attaque dans les moindres détails, je me mettais à la place de chaque victime, témoin, famille. C’était insupportable d’être à des milliers de kilomètres de chez nous, tout notre coeur et nos pensées étaient projetés en France. Après deux nuits blanches, le sentiment d’impuissance a pris le dessus et j’ai littéralement pété un câble. Je n’en pouvais plus de tourner en rond sans savoir quoi faire. Je trouvais ça trop absurde.

Rassemblement des drapeaux magiques Place de la République à Paris

Nous nous sommes demandés comment témoigner notre soutien à toutes les victimes (et pas seulement celles de Paris), toutes les victimes de cette barbarie et de ces injustices. Il fallait qu’on fasse quelque chose avec nos moyens, quelque chose d’autre que de mettre sa photo Facebook en bleu blanc rouge ou liker une énième analyse sur le terrorisme. Nous voulions une action réelle, au delà des réseaux sociaux.

Cette horreur devait se transformer en action positive. Je n’arrivais pas à dormir et je me suis mise à dessiner des drapeaux colorés avec des mots dessus (surement à cause de la polémique). Et là le symbole était une évidence. Brandir des drapeaux pour la paix, manifester non pas pour contester mais pour célébrer, pour partager. J’ai pensé à tous ces gens qui ne peuvent pas se rassembler ni s’exprimer librement dans leur pays. J’ai compris la force de certains mots comme Liberté - Paix - Joie - Vie - Amis. Nous devions porter ces messages pour les victimes, pour le futur.

Toute cette énergie négative s’est peu à peu transformée et m’a donné le courage d'organiser ce projet. Nous étions beaucoup à vouloir faire quelque chose et à ressentir ce besoin de rassemblement. Mon copain a passé une annonce sur le groupe Pvtiste et nous avons crée un groupe dédié au projet. Un ami de Sherbrooke a mobilisé tous ses amis et il s’est occupé de prévenir les autorités. En parallèle, une de mes meilleures amies a organisé le rassemblement à Paris. C’était génial de faire ça ensemble de si loin, nous nous sentions unis.

A Montréal et Sherbrooke une équipe de volontaires s’est rapidement formée et nous avons passé une semaine à fabriquer ces drapeaux en tissus et paillettes. Ça a envahit nos salons, c’était super. Le samedi (8 jours après la tragédie), une trentaine de personnes sont venus chercher leur drapeaux et ont déambulé dans Montréal. Le but étant de faire circuler ces mots d’espoir, de rappeler à chacun la chance que nous avons d’être en vie et d’être libres. Nous nous sommes retrouvés place d’Armes et nous avons marché en cercle pendant quelques temps. Le résultat était magnifique,magique ! Très fort. Tout le monde était heureux d’être là. Surtout quand les cloches de la basilique ont retenti, c’était très émouvant. (Nous nous rassemblions sans aucune religion ! )

Je pense que la première chose qui nous a fait du bien c’était la fabrication des drapeaux. Les jours suivants les attaques nous étions incapables de nous concentrer et de faire quoi que ce soit. Alors nous nous sommes littéralement jetés dans cette mission. Cet objectif nous a donné de la force, nous savions pourquoi nous étions entrain de faire cela. Le rassemblement et la marche jusqu’au Consulat ont été un aboutissement et un réconfort, et chacun à vécu quelque chose, qui, je l’espère lui a permis d’aller mieux.

Je souhaite vraiment donner suite à ce projet. Je pense que chacun, où qu’il soit peut fabriquer un drapeau, avec ses mots et ses moyens. Il peut l’accrocher à sa fenêtre, déambuler dans sa ville ou son village, seul ou en groupe, l’offrir un quelqu’un ou tout simplement l’admirer chaque matin pour se souvenir des choses qui sont vraiment importantes. Les drapeaux sont faciles à réaliser, on peut le faire avec des enfants, des amis ou des inconnus avec qui on a envie de partager quelque chose. Il est important de montrer que notre génération souhaite être unie et œuvrer pour le bien et l’entraide, et je vois ce geste comme un premier pas vers un engagement plus concret envers la solidarité. Je ne suis pas du tout politisée ni engagée en général, mais cette expérience m’a montré que si j’étais capable de donner mon énergie et mon temps à fabriquer des drapeaux pour l’union et la paix, je pourrais à l’avenir porter encore plus d’attention à mon prochain, à la planète et trouver le moyen de rassembler les gens avec ce que je sais faire. Chacun en est capable avec ses moyens.

J’invite les gens qui ont envie de participer à rejoindre le groupe Facebook et à partager leur photos avec #drapeauxmagiques. Mais surtout rassemblons nous et brandissons les mots qui nous sont chers. Cela servira en effet à témoigner de notre union et à propager cette prise de conscience hors frontières.

Je remercie encore tous les participants, l’amour vaincra !

(Pour Max et pour tous les autres)"

D'ici ou d'ailleurs, la planète entière a été émue par les événements tragiques survenus à Paris samedi 13 novembre dernier. A Montréal, comme ailleurs, nous avons ressentis le besoin de nous réunir, de nous soutenir, d'être là les uns pour les autres dans ce moment difficile. De nombreux rassemblements ont eu lieu. Mais quelques un ont décidé d'aller plus loin. Parce qu'il n'y a pas que Paris, il y a aussi eu le Mali, la Tunisie et tellement d'autres endroits dont on ne parle pas. Et pourtant, ne devrait-on pas se mobiliser à chaque fois ? Ne devront pas être en émoi à chaque âme s'éteignant sous la volonté d'autres êtres malveillants ?

naia et son drapeau magiqueIl était temps de se mobiliser non plus pour exprimer le choc, la contestation, la tristesse, mais pour exprimer l'espoir, l'amour, la joie. L'initiative a été porté par un couple de Français. C'est elle, dont vous venez de lire le témoignage juste au dessus.

Nous nous sommes donc retrouvés Samedi 21 Novembre à 13h30 à la Place d'Armes à Montréal. Il faisait beau, pas très chaud (mais pas froid !). Nous n'étions pas nombreux certes, mais était-ce nécessaire ? Nous étions un petit groupe d'environ 25 personnes qui s'est réuni ce jour-là. Français, Québécois, autres nationalités ? Peu importe, car nous étions tous ensemble en qualité d'être humain. Des personnes pourvues de sentiments, d'espoirs, de rêves et de conscience. Sans frontières, sans nations, sans patries. Juste nous.

Nous avons donc tournés sur la Place d'Armes avec nos drapeaux magiques. Nos drapeaux porteurs de messages et emplis d'ondes positives. Les passants s'arrêtaient, les curieux nous interrogeaient. Puis, nous avons pris la route du Consulat Général de France pour aller y déposer nos drapeaux aux côtés des bougies et autres symboles de commémorations déposés par d'autres avant nous.

Drapeaux magiques consulat

Une journée simple, une journée sans prétention, mais une journée à la portée de tous celles et ceux qui souhaitent, à leur échelle, montrer qu'ils existent et que chacun compte.