histoire racisme au Québec

une histoire de racisme au quebec

Subir du racisme au Québec ? Ça paraît insensé dans un pays qui prône le multiculturalisme comme modèle de réussite sociétal. Et pourtant …

 

Je ne pensais pas que j'aurai un jour à écrire sur ce sujet. Dans ma vie, je n'ai que peu souvent été victime d'actes ou de paroles racistes. Du racisme ordinaire, oui. Mais du racisme éhonté, non.

 

L'une des premières choses que j'ai remarqué en posant mes valises à Montréal, c’est que (enfin) on avait cessé de me demander de quelle origine j'étais. Enfin, ce sous-entendu discret sur “ta couleur de peau me prouve bien que tu n’es pas d'ici” avait pris fin. Le son de ma voix laisse largement comprendre que je suis Française (et non Québécoise) et vraisemblablement, c'est bien largement suffisant comme information à mes interlocuteurs.

 

Ce genre de petit détail m’a fait longtemps penser que ce que l'on appelle  les minorités visibles semblaient bien mieux intégrées et acceptées. Mais est-ce vraiment le cas ?

 

C'est dernier mois, j'ai vécu une expérience qui me laisse penser que le racisme prend tout simplement une autre forme, qu'elle se manifeste différemment, qu'elle a simplement un autre visage.

 

Retour en octobre dernier. Une collègue me fait part de son intention d’emménager avec son copain. D'ailleurs, l'appartement que son homme va libérer, se trouve à deux pas de chez moi, est deux fois plus grand et à peine plus cher que le loyer que je paye. Est-ce que ça me tente de reprendre son bail ? Et comment !

 

Mon conjoint et moi rencontrons le propriétaire et tout se met en place. Quelques semaines plus tard, le bail de sous-location est signé jusqu'au 1er mai. Après cette date, nous pourrons signer un nouveau bail pour une location directe. Parfait !

 

Le jour de notre emménagement, nous arrivons munis de notre petite camionnette, accompagnés de nos 5 amis. Nous sommes prêts à poser nos meubles dans notre nouvelle maison. À peine sortie du véhicule, un homme, qui semble-t-il promène son chien, me regarde avec insistance. Je lui dis “bonjour” poliment. Il me donne la pareille, se présente comme le fils du proprietaire, puis me dit qu'il avait prévu de se balader avec son chien, mais que du coup il allait rester…

 

Ah.

 

Sur le coup, je comprends pas trop pourquoi il se sent obligé de rester, mais franchement j’ai une camionnette à décharger, donc j’ai un peu autre chose à faire que d'essayer de comprendre ce qui se passe dans sa tête.

 

“Et c'est qui ces gens là?”
— Euh… mes amis, ils sont là pour nous aider à emménager”

 

L'homme semble s'accommoder de ma réponse et s'éloigne (tout en restant à portée de vue). Nous repartons à nos activités. Composition de mes amis : 50% blanc, 50% noir. Un beau panel représentatif de ma personne.

 

Comme nous étions nombreux, le déchargement de nos affaires va vite. Rapidement nos amis rentrent chez eux et mon conjoint repart restituer la camionnette de location.

 

Je suis seule dans l'appartement. Je commence à déballer nos cartons. Je n'ai pas de temps à perdre. Je me trouve dans la cuisine quand j'entends des pas qui montent l'escalier de notre logement. Je sors de la pièce pour aller voir si mon conjoint a oublié quelque chose et je me retrouve nez à nez avec cet homme, en plein dans mon salon.

 

Je suis stupéfaite, mais étrangement je n'ai pas peur.

 

“Je venais voir comment ça se passait, comment c'était arrangé etc.
— Euh ...bah pour l'instant y a rien à voir là. Y a que des cartons partout.
— Ah d'accord, sinon moi j'habite là, fait-il signe en désignant le mur mitoyen. Donc c'est important de ne pas faire de bruit, parce que je vais entendre. Donc pas de party avec vos amis, ni rien.
— Oh pas de problème, de toute façon on travaille, on a pas le temps de faire la fête. Mais du coup, si tu entends tout, ça veut dire que nous aussi on t'entend. Donc merci de ne pas mettre la musique fort non plus. “

 

Vous devez vous dire que je suis un peu malade de provoquer ouvertement un homme, avec qui je suis seule dans une pièce. Peut-être. Je l'ai seulement fait parce que je ne me suis pas sentie en danger et que j’ai plutôt ressenti la situation comme une tentative maladroite d'intimidation. Le fait est qu'il s'est en allé.

 

Au retour de mon conjoint, je lui ai raconté cette péripétie. Bien sûr, il n'était pas content. On a décidé d’un commun accord de se tenir loin de lui et que tout irait bien.

 

C'est ce que l'on pensait.

 

Deux jours plus tard, comme tout nouveau locataire, nous nous faisons installer internet. Lorsque je rentre du travail, c'est sans surprise que je vois le technicien Bell, avec une énorme échelle posée sur la façade, en train de faire les raccordements. Par contre, ce à quoi je ne m'attendais pas, c'était à voir la tête de notre voisin (cet homme un peu intrusif), par la fenêtre, en train de s'exclamer “c’est MA façade je ne veux pas que tu tires tes fils, t'as pas le droit, ESPECE DE SALE NOIR!”.

 

Ces mots sont juste tombés là, l'air de rien.

 

Je me suis demandé si ce gars réalisait que tous les regards posés sur lui provenaient de personnes à la couleur de peau noire. Les miens, ceux de mon conjoint et ceux du techniciens Bell.

 

Mon cher et tendre n'a pas réfléchi à deux fois, il a pris son téléphone et a appelé la Police. En quelques minutes, elle était là, prête à entendre ce qui s'était passé. Je dois vous dire franchement que je ne crois pas un seul instant que nous aurions été pris aussi au sérieux si cet incident s’etait produit en France. La Police s'est vue rassurante, nous a expliqué nos droits, les associations vers lesquelles on pouvait se tourner si ce genre de choses se reproduisait. Leur intervention a été parfaite et je ne suis pas certaine que la Police Française n'aura pas juste rigolé si je leur aurai raconté mon histoire, après tout, il y a des choses plus grave que de se faire insulter de “noir”.

 

Bon je dois vous dire qu'à stade, on s'est dit que les choses commençaient mal dans ce nouvel appartement.

 

Quand deux mois plus tard, notre locateur nous a informé que le propriétaire voulait récupérer l'appartement pour l'occuper lui même, bien sûr on avait les boules. Nous étions le 21 janvier et il nous fallait donc quitter le logement au 31 avril. Nous étions installés depuis seulement 3 mois et déjà 3mois plus tard  nous devions repartir. Nous savions pertinemment que ce n'était pas légal de nous demander de partir aussi vite, mais étant donné l'ambiance, on s'est vite dit qu'on allait partir sans faire d’histoires. Croiser cet homme, le fils du propriétaire, chaque semaine, n'avait rien d'agréable. On ne se sentait pas chez nous, épiés et c'était presque à redouter la prochaine crise de folie passagère du gars.

 

Alors on est parti. On a trouvé un appartement encore plus grand, plus moderne et vraiment nous ne regrettons  rien.

 

Pourtant, quand cet après-midi, en me rendant au parc La fontaine, je suis passée devant mon ancien logement, j’ai vu cette pancarte “à louer” : mon sang n'a fait qu'un tour.

 

Comment se fait-il que l'appartement se retrouve à louer, alors qu'il avait déjà des locataires tout trouvé ? Comment se fait-il également que le loyer est augmenté de +100$ ? Des travaux ont-il été réalisés.

4207 rue saint christophe H2J 2Y8 montréal

Je vous laisse le soin de vous faire votre propre interprétation de cette histoire. La mienne est déjà toute trouvée.