Vivre une vie entre parenthèse

 Femme assise sur un bateau, naviguant sur l’eau, lanterne à la main.

En mai dernier, je suis rentrée en France pour un long séjour de 3 semaines, après 18 mois d’absence. Je peux te dire qu’il était temps pour moi. 

J’expliquais à mon conjoint combien je ressentais l’importance de ce séjour sans en comprendre véritablement quels en étaient les enjeux.

Je comprends mieux maintenant.

Ce dont il était question, c’était de remettre ma vie sur le mode ON.

Lorsque nous avons posé nos valises à Montréal, il était clair que nous ne resterions pas plus longtemps que nécessaire. Dans mon esprit en tout cas, la date de fin de cette expérience canadienne était imprimée aussi solidement que sur mon visa. Pas question de rester une minute de plus dans ce pays que je n’avais pas choisi.

J’avais bien voulu consentir à mettre ma vie entre parenthèse, mais il était bien hors de question que cet état temporaire ne devienne quelque chose de permanent.

C’est de là que tout s’est figé.

Mon travail n’était pas si mal pour le temps qu’il était prévu de durer.
Notre appartement était tout à l’opposé de nos standards sélectifs français, mais peu importe, cela ne devait pas durer.

Et petit à petit, de façon subtile et insidieuse, j’ai commencé à me désinvestir de tout. Mon inconscient attendait que le temps passe et me ramène au cours de ma vie, en France.

Autrefois passionnée de décoration d’intérieur, ma nouvelle maison ne nous ressemblait pas plus qu’à tous les Français de passage qu’elle avait dû accueillir.

J’ai aussi laissé tomber le plaisir de cuisiner sous le prétexte de ne plus m’y retrouver avec cette nouvelle façon de consommer, de faire les courses, les aliments.

Je me suis réfugiée dans mon travail. Pas celui qui payait mes factures, non. Celui qui s’occupait de garder la flamme de vie brûler au fond de moi : bloguer.

Ne t’y trompe pas. Je n’étais pas en mode dépression enfermée dans le noir, blottie sur mon canapé. A vrai dire, je n’avais même pas conscience de tout ce changement qui s’opérait. Parfois mon conjoint me disait qu’il avait du mal à reconnaître celle dont il était tombé amoureux tellement j’étais différente. Si jamais tu lis ces mots mon amour, sache que je te pardonne et je te remercie d’être resté à mes côtés tout au long de ces périodes de transformation profonde de ma personnalité.

Sachez-le :

Ne vous expatriez jamais avec une personne dont vous n’êtes pas certaine d’être capable de traverser le pire.

Alors lorsque j’ai pris la décision d’acheter un billet retour pour la France, sans congés payés et sans argent (je venais tout juste de quitter mon boulot), j’ai compris.

Je disais un STOP symbolique à tout ça. J’en avais fini de subir ma vie et j’en reprenais les rennes. Il était temps de faire ce qui était bon pour moi : rentrer et me ressourcer.

J’ai tellement l’homme le plus compréhensif de la Terre. Quand je lui ai dit que je voulais rentrer pour 3 semaines, il m’a dit de prendre exactement le temps dont j’avais besoin. J’ai pu retrouver ma famille, les amies et avoir la plus belle des réalisations :

  • Je n’ai plus à attendre quoique ce soit parce que, soit dit en passant, notre permis de travail de 2 ans a été renouvelé et nous sommes en cours de procédure pour la résidence permanente.

  • Je n’ai plus à attendre que toutes les conditions idéales soient réunies pour quitter mon travail pour autre chose. Je l’ai déjà fait.

  • Je n’ai pas à attendre de rentrer vivre en France pour être accomplie professionnellement et personnellement. Je peux le faire dès maintenant.

Je ne dis pas que le Canada est désormais notre maison et que plus jamais nous ne rentrerons. Loin s’en faut.

Tout ce que je dis, c’est que j’ai décidé que la parenthèse devait se fermer et qu’il était temps de reprendre le cours de ma vie.


ConfidencesAnneliseComment