On ne m’avait pas dit que voyager faisait aussi mal

 Je me sens vraiment chanceuse de cette opportunité d'avoir pu quitter mon pays pour vivre à Montréal. Pourtant, si l'on s'attend à vivre un total dépaysement, il y a des choses auxquels personne ne saurait se préparer comme celles-çi... #montreal #expatriation #viedexpat
 

Je savais qu’en partant vivre à l’étranger ce ne serait pas facile tous les jours. J’étais prête à changer mes habitudes, à m’adapter, à vivre autrement. Pourtant, clairement, je n’aurais jamais pu me préparer à la hauteur de cette lutte intérieure qui t’accompagne quoique tu fasses.

 

Pour la 1ère fois depuis mes trente-et-un an d’existence, je ne passerai pas les fêtes de fin d’année avec ma famille. J’ai encore du mal à y croire, même en l’écrivant. 

Vous vous dites sûrement :

«ah c’est super, elle va passer un VRAI hiver sous la neige à Montréal, la chance !» 

Désolée de te décevoir, mais la neige, tu t’en rendras vite compte en vivant ici, c’est le cadet de mes soucis. 6 mois de l’année, la ville est en quasi permanence sous les flocons, alors je m’en serais franchement bien dispensé le temps de 10 petites journées pour être proche des miens. Et allons-y franchement, oui la neige c’est beau et je reste ébahie devant la beauté d’une tempête de neige. Cette impression d’être au beau milieu d’une boule de noel, c’est magique.

 

Mais s’il y a bien une chose que te fait réaliser le fait de vivre à l’étranger, c’est que toutes les beautés du monde ne sont rien comparés à la douceur de ta mère, le sourire de tes frères, la joie de tes neveux, les bras de ton père. Il y a des moments où tu voudrais pouvoir juste tout envoyer balader, faire tes bagages et rentrer chez toi. 

Même si tout le monde pense que tu as  une vie incroyable, que tu as une vie de rêve et aimerait vivre ta vie. Non, ne m’enviez pas, c’est moi qui vous envie.

 

Ce dont personne ne parle.

Vivre à l’étranger c’est une expérience fantastique, je ne vais pas le nier. Cela dit, je voudrais vous parler aujourd’hui de ce dont on ne parle jamais. Ce qui se cache derrière les mots «oui tout se passe super bien merci, c’est vrai que parfois ma famille me manque, mais ça va».

 

Non ça ne va pas. 

 

Décider de s’installer à milliers de kilomètres est un grand choix, mais ce qu’on ne mesure pas nécessairement, c’est la suite de choix permanents que cela entraîne. Bien sûr, si vous avez beaucoup d’argent, vous ne vous reconnaitrez peut-être pas dans ces propos. Cela dit pour le commun des gens cela devrait vous parlez.

 

Oh c’est super les Etats-Unis sont à côté, c’est une super opportunité d’y aller et de découvrir ce pays ! Et Cuba alors ? L’Amérique du Sud, Hawai, la République Domicaine ! Franchement en étant au Canada, tu as l’embarras du choix. Et en principe, si tu as fais le choix de partir vivre à l’autre bout de la planète, c’est que tu as la fibre voyageuse et que tu aimes découvrir de nouveaux horizons.

Oh, mais attends, pourras-tu rentrer en France si tu te fais ne serait-ce qu’une seule de ces destinations ? Auras-tu assez de congés pour faire les deux ? Parce que c’est bon de le rappeler, mais le nombre de congés minimum au Canada c’est 10 jours. Alors oui, avec l’ancienneté tu vas gagner des jours. Avec un peu de chance tu vas même avoir des jours supplémentaires si ton entreprise ferme durant l’été et noël. Et puis il y a les jours fériés aussi (mais bon, ce n’est pas non plus comme si tu pouvais t’en faire une banque de congés à utiliser quand tu le souhaites). Donc il n’en demeure pas moins que pendant une année durant tu vas devoir cumuler tes jours de congés pour arriver à avoir tes deux pauvres petites semaines OFF.

Par chance, ce n’est pas mon cas. Ni celui de mon conjoint. Mais je vois tellement de «propagande pro-Canada pays de rêve», que je pense que c’est important de rappeler les clauses en petits caractères. Parce que ça, c’est la réalité.

 

Alors voilà, en bout de ligne tu dois faire un choix.

Est-ce que je fais ce voyage dont j’ai tant envie ou est-ce que je garde mon argent/mes congés pour rentrer voir ma famille ? Et il en va de même pour tout projet dans ta vie qui implique d’investir une certaine somme d’argent.

 

Ton coeur balance, ton coeur flanche, tu te sens déchiré.

 

Les mois passent, les années s’écoulent. Un fossé se creuse ? Qui peut comprendre ta vie ? Probablement pas tes amis de France qui te demandent quand est-ce que tu rentres ? Que ce serait cool que tu passes les voir. Est-ce que tu seras là au mariage cet été ? Alors que toi :

  • t’es déjà en train de te demander comment tu vas faire pour pouvoir te payer le billet de fin d’année,
  • que tu sais qu’après un an (ou plus) d’absence, 10 jours ne suffiront jamais à rattraper le manque de ta famille
  • alors des amis éloignés ? Lol. Ça te fait doucement sourire. Ils s’attendent à ce que tu traversent la France, alors que toi tu débarques sur Paris et que si tu dois te déplacer, c’est certain que l’itinéraire sera construit en fonction des personnes qui te sont les plus proches.

 

Tout devient une question de priorité.

Qu’est-ce qui compte le plus pour toi ? Voyager, te payer un nouvel ordinateur, t’acheter ces fringues hors de prix ou voir ta famille ? Egoïste va.

Tu as l’impression de ne plus vivre dans la même réalité. Et tu sais quoi, je crois que d’une certaine façon c’est vraiment le cas.

On parle de la sortie de zone de confort comme bienfait de l’expatriation. Mais waouh, pour moi ça aura été bien plus fort que ça. C’est ton entière personnalité qui se redéfinit, car tu es sans cesse ramené à te questionner sur ce que tu veux vraiment, ce qui compte pour toi, là où tu es prête à faire des concessions dans ta vie et là où c’est impossible pour toi.

 

Il y a énormément de Français qui trouvent le bonheur à Montréal et moi je trouve ça drôle parce que l’on ne parle que de tous les autres pour qui cela n’a pas été le cas. Pourquoi passe-t-on sous silence tout ceux pour qui l’expérience aura été un désastre ? Pourquoi ne parle-t-on pas de ces personnes venues pour une durée limitée et qui sont rentrées chez elles aussitôt le temps imparti écoulé ou tout simplement de celles rentrées de façon prématurée ? Parce qu’il y en a. Des tas même. Je ne sais pas s'il y a des statistiques officielles, mais pour être ici depuis plus de deux ans et demi, j'ai l'impression que sur un délai de 4 ans, il y a bien plus de Français qui rentrent que restent.

 

Non, vivre ce genre d’expérience n’est pas fait pour tout le monde.

Il m’a fallu des semaines pour arriver à annoncer à ma famille que non, je ne rentrerais pas en France pour noël. Il m’a fallu des mois avant de faire face à cette réalité que je ne pouvais pas accepter. Il m’a fallut des semaines pour trouver le courage de le dire. Parce que je ne suis payée un déménagement international, un voyage au Japon, un Mac book pro, etc. Je me sentais coupable. J’avais l’impression d’être retournée dans la peau d’une petite fille de 10 ans qui avait eu une mauvaise note à l’école. Je ne savais pas comment trouver les mots.

J’ai la chance d’avoir une famille en or qui ne m’en tienne absolument pas rigueur. Est-ce que c’est le cas de la tienne ? Et si ce n’est pas le cas, es-tu prêt à dealer avec ça ?

 

 

Ce n’est vraiment pas évident de faire un choix entre sa vie personnelle et sa vie familiale entre France. Personnellement, j’ai beaucoup de mal à choisir. et toi tu choisirais quoi ?