En quoi vivre au Canada peut te paralyser dans ta vie

 Vivre au Canada est toujours vu comme une expérience positive par la plupart des gens. Mais est-ce vraiment toujours le cas, quoiqu'il arrive ? #expatriation #montreal #frenchexpat #maviedexpat #canada

L’inconscient collectif voit l’expérience de la vie à l’étranger comme un incroyable tremplin. Que ce soit d’un point de vue professionnel ou personnel, tout le monde voit l’expatriation comme une expérience bonne à prendre. Sauf que ce que personne ne te dit, c’est que cette même opportunité peut aussi constituer ton plus gros frein d’évolution, au point de te sentir paralyser dans ta propre vie.


En fonction des personnes ce frein revêtira des formes différentes. Le tout est d’arriver à l’identifier et l’analyser pour être capable de le dépasser. Je vais partager avec toi la façon dont cela s’est manifestée dans la mienne.

 

Je ne te cache pas qu’il m’a fallu des mois avant de mettre le doigt dessus. Mais pour moi, cette paralysie s’est manifestée sous la forme de la Résidence Permanente. La RP pour les intimes, c’est cette démarche d’immigration qui te permet de pouvoir rester au Canada pour une durée de 5 ans (renouvelable).

Ah cette Résidence Permanente, tu ne peux pas imaginer combien j’ai trainé les pieds avant de me décider à me mettre à l’entamer ! Presqu’au point d’être dos au mur pour le faire (d’un point de vue immigration parlant, on s’entend). Je me suis trouvée des tonnes d’excuses pour ne pas le faire :

  • Ça coûte cher
  • C’est fastidieux à faire (des tonnes de paperasse)
  • De toute façon, ce n’est pas comme si je voulais rester vivre DÉFINITIVEMENT dans ce pays.

En fait, ce ne sont pas les raisons qui me manquent.

 

Pourtant, il y a plein de bonnes raisons de le faire. Ne serait-ce que pour avoir enfin la paix côté permis de travail. Mais tu sais quoi ? Alors que je suis capable de te lister une liste longue comme le bras de raisons de NE PAS le faire, mon cerveau se refuse à faire la liste des bonnes raisons POUR le faire. Il y en a tout un tas aussi :

  • Ne pas avoir à se prendre la tête tous les 2 ans à refaire des démarches administratives
  • Ne pas avoir à se demander si oui ou non, il faut rentrer en France
  • Ne pas être bloqué financièrement pour faire des achats d’investissement (achat immobilier, voiture ou autre).
     

Et tu remarqueras qu’une fois encore, mon cerveau se refuse à voir la chose de façon positive. C’est subtile hein, mais en employant les expressions «ne pas» je démontre encore une fois mon refus à voir la chose comme un bienfait. Alors que j’aurais pu tout simplement dire :

  • Avoir la tranquillité d’esprit quant à la date d’expiration de mon permis de travail
  • Être en phase avec ma décision de vivre au Canada
  • Avoir la liberté de pouvoir investir dans mes projets d’avenir.


En quoi la vie au Canada peut te bloquer dans ton évolution personnelle

J’avais abordé il y a un an et demi de ça, mon sentiment d’avoir une vie d’agent double lorsque l’on est expatrié. J’avais très justement exprimé le fait de vivre une vie extraordinaire entre parenthèse en vivant au Canada. Comme si ce n’était pas la vraie vie et qu’un jour en rentrant en France, ce serait comme ré-appuyer sur le bouton Play pour reprendre sa vie là où on l’avait laissé.

À cette époque, mon conjoint avons sciemment fait le choix de prolonger notre expérience canadienne. Il était donc clair que nous avions pris la décision de vivre avec toutes les implications que cela comporte : être loin des siens, manquer les fêtes importantes, même si ça fait vraiment mal. 

J’étais en paix avec tout ça. Vraiment. 

 

Force est pourtant de constater qu’il y a bien encore un petit truc qui me chafouine pour trainer autant des pieds devant cette résidence permanente.

Cette chose, c’est tout simplement la France : ma porte de sortie.

Parce que tu sais quoi. Tu penses peut-être qu'au pire tu rentres en France et tu reprends ta vie. Mais faut se voiler la face (comme je le fais ah ah ah) pour y croire vraiment ! C’est de la connerie.

Voilà c’est dit.

Parce que la vérité, c’est que bien sûr que tu peux rentrer en France, retourner dans ta famille, te retrouver un emploi et peut-être même tout ça dans la ville dans laquelle tu résidais avant de partir. Mais c’est faux de penser que tu vas «reprendre» ta vie.

 

Pourquoi c’est impossible de reprendre sa vie là où elle s’est arrêtée

Déjà ça se saurait si la vie avait réellement un bouton «pause» qui permettrait de reprendre exactement là où tu t’étais arrêté. Après ton départ, les choses ont continué à évoluer. Les enfants ont grandi, tes amis ont peut-être déménagé, changé de centre d’intérêt, pris de nouvelles habitudes ; tu as été remplacé à ton ancien emploi, etc. Bref, absolument TOUT a continué d’évolué.

 

Tout comme toi !

 

Je l’ai déjà dit et écrit un milliard de fois, l’expatriation est une expérience qui te transforme. Même si tu n’en as pas l’impression, que tu penses être la même personne qu’auparavant. C’est faux. Tu as changé. Tu as découvert de nouvelles façons de vivre, d’aborder les choses : tu as changé. La réalité est que ce qui te paraissait normal, acceptable, envisageable, ne l’est peut-être plus maintenant.

Quand tu rentreras, tu ne seras plus la même personne et c’est cette nouvelle version de toi qui va poursuivre la construction de sa vie. Il n’y a pas de parenthèses, il n’y a qu’un long fil rouge que constitue ta vie avec toutes ses irrégularités, ces événements marquants et ses difficultés qui te font grandir.


Le truc pour dépasser ce blocage

Alors s’il te plait, fais-moi plaisir et quand tu sens que ça bloque, prends 5 minutes et demande-toi «Pourquoi ? Quelle est cette part de moi qui se refuse à faire ce qui est nécessaire ?». 

Parce que c’est bien de ça dont il s’agit. Pourquoi préférer rester figer dans une situation plutôt que d’avancer ?

Cette résidence permanente pour moi, c’était comme si :

  • je renonçais à la possibilité de rentrer en France un jour, 
  • que je me fermais toute possibilité de retour en arrière, 
  • que c’était un fait établi que j’étais celle qui avait décidé de quitter ses proches pour vivre sa vie en solo à l’autre bout du monde. 

Je vais être honnête avec toi, je ne suis vraiment pas certaine qu’on arrive un jour à se détacher complètement de ce sentiment de culpabilité intérieur insidieusement caché bien en profondeur. Par contre, ce que je peux t’assurer c’est que prendre la décision d’avancer quoiqu’il arrive ne pourra jamais être la mauvaise décision, mais toujours la bonne.


Même en ayant conscience de tout ça maintenant, j’ai toujours du mal à voir ma vie au Canada autrement qu’une étape passagère de ma vie. Et toi, comment tu la vois ?