Comment le "projet Canada" a détruit mon couple et l'a rendu plus fort que jamais

comment le projet canada a detruit mon couple et l'a rendu plus fort que jamais
"Tu pars vivre au Canada ? Waouh, mais c'est génial ! T'AS TELLEMENT DE CHANCE !".

Je ne sais pas combien de fois j'ai pu entendre cette phrase au moment de partir. Le "tu as tellement de chance" résonne encore dans ma tête tellement je l'ai entendu. C'est drôle comment les gens peuvent avoir cette idée toute faite que l'expatriation est une expérience tellement extraordinaire qu'elle ne peut être que positive.

Tel un Youtubeur a succès qui gagnerait des dizaines de milliers d'euros pour une "simple" vidéo de 3 minutes, l'expatrié, lui, réussit son grand voyage en achetant tout simplement son billet d'avion. L'expatriation est une sacrée opportunité, oui. Peut-on pour autant parler de "chance" ? Voilà ce que j'aimerai répondre :

la fortune sourit aux audacieux

J'irai même jusqu'à en expliciter la définition pour être sûre qu'il n'y ait pas de méprise : "Ce proverbe signifie que ce sont ceux qui tentent tout qui ont le plus de chance."

Car oui, la chance ne nous tombe pas dessus par magie. Il faut savoir la créer et la saisir. La plupart des gens n'imaginent pas ce que Monsieur VIE et moi avons-dû traverser pour en arriver là...

 

Lorsque nous nous sommes rencontrés lui et moi, j'avais 25 ans et il en avait 23. A l'époque, je venais tout juste d'entrer dans la vie active. Fraichement débarquée en région parisienne, je commençais tout juste à prendre mes repères dans cette jungle urbaine. Lui était en fin d'études, à la recherche d'un stage pour les finaliser. Je n'aimais pas les étudiants. Les étudiants sont jeunes, plein de vie, ont envie de la croquer à plein dents, de faire les 400 coups, de vivre avant de mourir. Bref, tout ça, ce n'était pas pour moi. Mais il a su trouver les mots, alors je me suis laissée charmer. Comme cela pouvait être prévisible, il rêvait de grands horizons. D'horizons tellement lointains que déjà sa recherche de boite pour son stage de fin d'études n'était presque qu'uniquement guidée par cette simple expression dont je ne connaissais même pas le sens : V.I.E. Ce que je ne tarderais très vite qu'à trop bien savoir, signifiait Volontariat International d'Entreprise. Monsieur voulait voyager. Monsieur avait déjà vécu à Londres, mais cette expérience n'avait pas suffi à étancher sa soif de découverte. Il en voulait plus. J'aurai aimé dire que je ne le savais pas. J'aurai aimé dire que je ne l'ai pas entendu.

Disons plutôt que j'ai fait comme si je n'avais rien entendu. Et les années se sont écoulées jusqu'au point où je ne pouvais plus faire semblant. Car oui, Monsieur VIE voulait partir. Et cette volonté allait tout emporter sur son passage.

Le "projet Canada", comme on allait très vite l'appeler, nous bloquait pour tout. Le projet Canada était devenu un poison entre nous, un poison qui s'installait doucement et sournoisement au fur à mesure du temps. Je venais tout juste de commencer à me faire ma propre carrière, à construire mon réseau d'influence, à me faire des amies, à m'adapter à cette vie parisienne que j'avais si longtemps détesté. Je devais maintenant tout stopper ? Alors certes oui je l'aimais, mais pas au point non plus de l'aimer plus que moi-même. Pas au point de m'oublier pour le rendre heureux. Etait-il suffisamment important pour moi pour envisager qu'il mérite se sacrifice de ma part ? L'aurait-il fait, lui, pour moi ? Rien n'était moins sûr.

Puis un jour, il a fallu se rendre à l'évidence. Ce "projet Canada" rendait toute relation entre nous caduque. Notre histoire d'amour était dénuée de sens. Elle n'avait juste plus raison d'être. A quoi s'escrimer à la faire vivre si de toute façon Monsieur allait partir vivre seul à Canada durant 2 ans ? Autant être honnête avec nous-même, aucun de nous n'avez aucune envie de se lancer dans une relation à distance (avec 6h de décalage horaire ? Une folie !). Il nous fallait être réaliste. Aucun de nous deux n'aurait tenu ne serait-ce que trois mois.

Alors après deux ans de relation, on s'est séparé.


Ai-je vraiment "trop de chance" d'être partie vivre au Canada ? Peut-être oui. Mais il aura fallu passer par bien des étapes avant d'en arriver là où nous en sommes aujourd'hui, installés à Montréal.

 

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