Alors, ça fait quoi d'être immigrée ?

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L'expatriation est un sacré challenge.

Changer d'environnement, de culture, nous oblige à réapprendre et à découvrir de nouvelles facettes de nous-même. Un peu comme un poisson dans son bocal qu'on aurait tout à coup lâché dans l'océan "juste pour voir s'il s'adapte".

En France, les questions de l'immigration, de l'intégration des migrants, de "l'identité nationale" sont de vraies problématiques sociétales. J'ai grandi dans une France où tel Voldemort, on prononçait le nom de Jean-Marie Le Pen du bout des lèvres tellement son discours anti-immigration sentait le racisme à plein nez. Puis il y a eu une banalisation de ces pensées, avec des phrases comme "la France, tu l'aimes ou tu la quittes" dictée par Nicolas Sarkozy ou plus récemment par Nadine Morano qui définissait la Franc comme "un pays Judéo-Chrétien de race blanche". Il y a comme ce sentiment, dans l'inconscient collectif, que les étrangers ne font aucun effort pour s'intégrer dans la société, aucun effort pour adopter les codes du pays qui les a si généreusement accueillis et qu'ils ne sont là que pour profiter des avantages offerts par le pays d'accueil. Je n'aborderai même pas la question de ces enfants d'immigrés - dont je fais partie - qui ne semblent être ni Français, ni étrangers et dont on ne saurait dans quels camps les placer.

A l'occasion du Festival International du Film Black de Montréal, j'avais eu l'occasion de voir un documentaire intitulé En quête d'identités. Ce reportage était vraiment très intéressant. Il montrait un groupe de lycéens de la banlieue parisienne, aux origines, religions et classes sociales variées, partir en voyage à Montréal pour voir si l'herbe était plus verte ailleurs, si la question de la diversité était mieux gérée au Canada.

Le reportage sera d'ailleurs diffusé ce Mercredi 25 Novembre 2015, à 22h (heure de Paris) sur TV5 Monde. Je vous le recommande chaudement !

Je suis totalement opposée à tous ces discours énoncés. Faire des généralités et mettre tout le monde dans le même bateau du fait de quelques comportements marginaux n'a jamais été juste pour personne. Toutefois, force est de constater qu'aujourd'hui expatriée, ce qui signifie littéralement en dehors de mon pays, je garde en mémoire ces pensées que je confronte à ma réalité au Canada. Je suis l'immigrée. Je suis l'étrangère.

J'aimerai que tous ceux persuadés du non-effort d'intégration des étrangers, de leur non-acculturation, fassent cette expérience d'aller vivre dans un autre pays que le leurs.

Croyez-moi, vivant les choses sous un tout autre angle, je comprends maintenant beaucoup mieux. Je comprends pourquoi "les étrangers" restent entre eux, sortent entre eux, se marient entre eux, etc. Tout fait sens.

Nous sommes des êtres humains ! N'est-il pas humain de chercher instinctivement des gens qui nous ressemblent ? N'est-il pas humain de se tourner vers des personnes qui nous comprennent, qui partagent les mêmes façons de fonctionner, de penser ? N'est-il pas humain de se sentir plus proche de personne vivant les mêmes réalités liées à l'expatriation (éloignement géographique de ses proches, difficultés à trouver du travail ou encore incompréhension de certains processus par exemple). Il me semble que oui.

@@Dans un environnement totalement étranger, il est humain d'essayer de trouver ses repères.@@

Par voie de conséquence, ces repères se trouvent souvent être des personnes issues du même pays/de la même culture que la sienne. Normal non ?

Alors oui bien sûr, je ne dis pas qu'il ne faut pas faire d'efforts pour s'ouvrir, aller vers les autres et se lier d'amitié (et plus si affinités!) avec les autochtones. Oui c'est évident qu'il le faut, car ce ne serait vivre l'expérience qu'à moitié de vivre dans un autre pays sans en faire la rencontre de ses habitants. Mais je crois qu'il faut arrêter de jeter la pierre aux immigrés qui ont ce besoin de se retrouver entre eux.

Je reçois régulièrement des messages de vous lecteurs (et j'adore !) pour me poser des questions tantôt pratiques (à comprendre administratives), tantôt du ressort de la vie quotidienne. Il n'y a pas si longtemps, l'un de vous m'a demandé comment c'était passé mon arrivée à Montréal, si les gens étaient accueillant et si je m'étais bien intégrée. Je crois qu'il est essentiel, pour ne pas rater son expatriation, d'être conscient que le Québécois ne vous a pas attendu pour vivre et se faire des amis. Oui, les gens sont sympas, mais il ne faut pas s'attendre à être reçu comme le messie. Prenons les choses de façon inverse. Combien avez-vous d'amis étrangers ? Vous est-il déjà arrivé de perdre patience devant un tout fraîchement immigré, qui avait du mal à s'exprimer en français et à se faire comprendre par vous ? Vous êtes-vous déjà dit que ce serait sympa d'inviter machin à vos sorties, petits rendez-vous entre amis, parce que c'était un étranger et qu'il ne connaissait personne ? Posez-vous ces questions honnêtement. Je pense que vous commencez à comprendre où je veux en venir.

Alors non, je n'ai pas d'amis Québécois. Je suis en couple avec un Français, Monsieur VIE, mes ami(e)s sont Français et mon lieu de travail est composé d'une grande partie de Français. Pour la bonne intégration, on repassera. Pourtant ce n'est pas faute d'avoir une réelle envie d'en fréquenter. Mais tout comme l'amour ne se commande pas, l'amitié non plus ! On ne peut tout simplement pas décider se rapprocher de telle personne parce qu'elle est locale non ?

Le contexte universitaire, le sport, la colocation, participer à la vie d'une association ... tout ça doit certainement aider à rencontrer du monde et plus particulièrement des Québécois. Pour moi, cette fenêtre sur l'autochtone sera le club de lecture de ma bibliothèque de quartier. On ne se refait pas !.

Il est drôle de voir les différentes postures des Français expatriés face à cette problématique. Il y a ceux qui assument pleinement ne fréquenter que des Français, d'autres dans le rejet total de tout ce qui se rapproche de près ou de loin à la France "parce que ça n'a totalement aucun intérêt de vivre à l'étranger si c'est pour être entouré de Français" et d'autres qui ont su trouver un équilibre entre Français et Canadiens.

Tout ça pour dire que la question de l'immigration est vraiment complexe. Elle recouvre des réalités qui touche à des situations humaines et individuelles. Il ne suffit pas de vouloir ou non s'intégrer pour l'être. Cessons ces a priori sur les immigrés en France, comme ailleurs. Balayons devant nos portes avant de juger l'autre.

Moi, je sais que quand je rentrerai en France, cette expérience canadienne m'aura totalement changé. Elle m'aura permis de voir les choses autrement et j'espère avoir pu partager avec vous quelques éléments de réflexion qui vous permettront d'aborder la question sous un  jour nouveau.

Et vous, qu'en pensez-vous ?