2 ans à Montréal : le temps de la réflexion

2 ans à montréal le temps de la réflexion

Deux ans, cela va faire deux ans dans quelques jours que mon conjoint et moi avons posés nos valises pour Montréal. À l'heure où j'écris ces lignes, je suis là, assise au poste de frontière pour renouveler mon passeport. Je trouve que c'est le moment idéal pour faire le point et prendre un petit temps de réflexion.

 

Je fais ce fameux tour du poteau qui porte d'ailleurs très mal son nom. Quand je préparais mon expat’ et que je lisais partout des anecdotes sur ce “tour du poteau”, n’ayant aucune idée de ce à quoi cela pouvait bien ressembler, mon imaginaire faisait le reste. Et si l'imaginaire des enfants est plutôt foisonnante, celles des adultes, la mienne en tout cas, est bien plus terre-à-terre. Quand on ne connaît pas quelque chose, on a tendance à le raccrocher à ce que l'on connaît. Donc concrètement je visualisais un poteau, un vrai, que l'on contournait pour traverser les deux frontières. Dans les faits, ce n'est pas du tout ça. On se présente en voiture au poste de frontière on traverse la voie aller pour rejoindre celle du retour (toujours en voiture) pour s'arrêter dans les bureaux du poste de frontière et faire renouveler son permis.

 

C'est mon second tour du poteau. Le premier, je l’ai fait il y a 3 mois, mais il n'a pas été concluant. Je n'ai pas essuyé de refus de renouvellement de mon permis pourtant, mais encore une fois ces questions d'interdictions sur mon permis de travail, notamment pour travailler avec les enfants, me poursuivent. Donc à la question faut-il une nouvelle fois faire la visite médicale pour renouveler son permis pour la modique somme de 250$ ? La réponse est oui.

Résultat, nous revoilà, avec preuve de visite médicale en main, prête à faire renouveler mon permis. L'actuel expire dans moins d'un mois, il est temps.

 

Lorsque nous nous sommes présentés, après une heure de route, l'homme au comptoir a déclaré

“il y a beaucoup d'attente, si vous le souhaitez, vous pouvez appliquer en ligne”.

J’ai eu envie de rire.

Je me demande si ça ce genre de répliques, certains prennent le chemin de retour en se disant “bon sang, mais c’est bien sûr ! Je vais le faire sur internet”. Evidemment que ma demande en ligne a été faite (enfin je crois), mais n'ayant pas eu de nouvelles, on se presse un peu.

 

Il faut que vous sachiez que si vous galérez à monter vos dossiers d'immigration, certaines entreprises se montrent heureuses de gérer ça à votre place. C'est notre cas aujourd'hui et je m'en réjouis ! Bien sûr, on a du coup zéro contrôle sur la situation, mais j'aime à penser que ces entreprises ont bien plus l'habitude que moi de gérer ce genre de truc. Et pour Monsieur VIE, qui du coup n'est plus en VIE, tout s'est très bien passé en temps et en heure. C'est juste moi et mes petites lubies de travailler avec la jeunesse qui m'ont retardé.

 

Alalala.

 

Cette fois, on peut le dire, notre départ temporaire commence à devenir plus qu'une parenthèse. Autour de nous beaucoup de ceux qui avait émigré durant la même période ont pris le chemin du retour, mais pas nous. C'est fou d'ailleurs de voir combien l'entourage que l'on peut se construire peut se déliter aussi vite. De voir combien les amitiés forgées dans la difficultés (nouvel environnement, nouveaux codes, nouvelle façon de vivre) peuvent s'effacer aussi vite qu'elles se sont construites.

Cette phrase est dure, mais le fait est que personne n'est vraiment là pour rester, du moins pour les Français. Je crois que si on ne veut pas tenir compte de ce paramètre dès le départ, cela peut décevoir. Je suis contente d'avoir fait cette aventure a un stade de ma vie où je me sens suffisamment mature pour bien le vivre, pour accepter de partager des moments forts avec une personne durant un temps donné et d'avancer même si nos chemins doivent s'éloigner. Je crois que ce n'est pas donné à tout le monde. Je crois que j’ai de la chance d'avoir mon conjoint à mes côtés, mon roc dans cet environnement en mouvement continuel. Bien sûr, je ne peux m'en prendre qu'à moi de ne m'entourer que de Français et j'entends déjà les critiques de ceux me reprochant de vivre à l'étranger pour ne fréquenter que mes compatriotes. Ah ah ah. J'en rigole doucement. La psychologie humaine est tellement plus complexe qu'on aime à le penser.

 

La vérité c'est que de toute façon je travaille énormément. Je ne cultive que quelques rares amitiés qui m'apportent beaucoup. Je n'ai pas le temps pour traîner, boire des cafés, faire des rencontres de lecteurs, je bosse à monter ma propre entreprise. C’est ça ma priorité.

Alors que j'étais fonctionnaire (et que je le suis toujours aux yeux de la France) vivre au Canada m’a révélé une facette de ma personnalité que je n'aurais jamais imaginé. Sortir de ma zone de confort en quittant mon pays m'a révélé à moi-même. Je veux être ma propre chef, je veux vivre de ma propre activité, je veux utiliser mes blogs comme source de revenus. Je crois que rien pour cette révélation intérieure, ce voyage est une réussite.

 

J'ai été touchée par l'article de la petite Marie. Cette jeune Française que j'avais eu l'occasion d’interviewer au lancement de mon tout 1er programme “Montréal, j'arrive “.

Ses mots laissent penser que l'aventure pour elle n'a pas été aussi profitable que ce qu'elle l'imaginait. Je suis triste de lire ses lignes, mais je sais combien son désenchantement est courant de nombreux Français venus au Canada pensant y trouver la vie idéale. Si tu lis ces lignes et que tu penses immigrer j'ai une chose à te dire à ce sujet. Ne pense pas que t'éloigner de tes problèmes va te permettre de les régler. La vie reste la vie, où que tu sois. Je ne dis pas ça pour Marie, je dis ça pour toi. Je fais mon devoir de prévention.

 

Pour moi, la vie ici est parfaite parce que j'ai décidé de ne retenir que le positif et d'user du négatif que pour me renforcer. Alors quoiqu'il arrive, cette expérience sera exactement celle qu'il me fallait.

 

C'est certain que si le Monsieur au poste de frontière me dit tout à l'heure qu'il ne veut pas mettre à jour mon permis de travail et que je dois commencer à préparer mes valises, ça va être un sacré coup dur. Mais comme toujours, je trouverai une solution, parce que c'est comme ça que je suis. Débrouillarde et n'attendant pas que les choses se passent. Je fais toujours en sorte de créer la vie que je veux pour moi, parce que personne ne le fera pour moi, ni pour toi.

 

Bientôt je vous parlerai de notre déménagement international et de tout le chamboulement que cela a entraîné. Cela fait longtemps que je ne t'avais pas écris et je crois qu'avec ce texte je cherchais juste le moyen de revenir en douceur.

 

J'espère que cela t'aura plus.